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Comprendre l’évaluation selon la Pédagogie d’intégration Xavier ROEGIERS Fès, 12 avril 2011 Evaluer en termes de compétences, c’est accepter de remettre en question les bases sur lesquelles l’enseignant apprécie généralement une production de l’élève…

 

LE FERREMENT DES FORÇATS (CHAPITRE XIII )

Ajouté par Fle Lycée Maroc le 1/juil/2010


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CHAPITRE XIII


LE FERREMENT DES FORÇATS.

Parcours de lecture

C’est cette scène qui fait la peinture la plus terrible et la plus pathétique des mœurs de Bicêtre « J’ai vu, ces jours passés, une chose hideuse ».

I Théâtralité de la scène : structure dramatique

La scène du ferrement est offerte au condamné par le guichetier, qui la lui promet comme un spectacle puissant ; Pour cela, notre héros est transféré dans une cellule qui fait fonction de « loge ». Tous les prisonniers sont aux fenêtres, comme des spectateurs. Au moment où midi sonne (comme au théâtre les trois coups), la chiourme fait son entrée dans la cour. Cette cour est dépeinte comme un décor de théâtre avec ses accessoires : grilles, bancs de pierre, fond de scène constitué par les murs de Bicêtre, chaînes…Dans la Troupe des forçats se distinguent les grands noms du bagne, à la manière des héros d’un drame. Filant la métaphore, le condamné précise que le spectacle se déroule « en trois actes » : visite des médecins, visite des geôliers, ferrage.
Spectacle à la fois tragique et grotesque, qui représente une torture infernale. Dans le renversement final, le condamné se retrouve lui-même objet de spectacle pour la foule des forçats qui hurle son nom. Il comprend soudain qu’il est lui-même acteur dans ce « spectacle étrange » « Oui, leur camarade ! etc.». Cette scène, excroissance du récit n’est donc pas une simple digression mais une répétition générale qui préfigure le transfert de la Conciergerie à la Grève.

II Le Jeu des registres comique et pathétique au service de la dénonciation du bagne

Cette scène constitue dans l’ouvrage la peinture la plus terrible et la plus pathétique des mœurs de Bicêtre.
A Bicêtre on regroupait les détenus en instance de transfert pour les bagnes de Brest et de Toulon. Durant le voyage vers les bagnes, les forçats étaient attachés les uns aux autres par une chaîne. Le spectacle de la chaîne était toujours très couru, et pouvait attirer des dizaines de milliers de personnes. Victor Hugo a été lui-même témoin du ferrement.

Le rituel décrit est traversé par les sentiments éprouvés par le condamné face à l’inquiétante étrangeté de la scène : « hideuse » sur le plan de l’action et hideuse sur le plan moral.
L’entrée des forçats est un Carnaval macabre, « fête de famille » saluée par des tonnerres d’ovations : redoublement de joie, acclamations, applaudissements, transports d’enthousiasme, rages de battements de mains, cris de joie, échange de gaietés. Loin de présenter une mine abattue face à la société qui les condamne, les prisonniers la bravent : « le crime la narguait en face ». Victor Hugo dénonce ici la dépravation profonde liée aux conditions d’incarcération et à l’institution du bagne : loin de réformer le criminel, on produit des monstres asociaux et immoraux.

La procédure du ferrement déshumanise en effet ces créatures alignées comme du bétail près d’un compagnon d’infortune « donné par le hasard de sa lettre initiale », dénudées sous la pluie et le froid, rivées à des colliers « moment affreux où les plus hardis pâlissent ». Quoi d’étonnant si un tel traitement ne réveille en eux que la rage et les bravades ? La danse macabre « image du sabbat » où se mêlent plaintes, rires et furies est définitivement infernale :
l ’assaut final de ces démons vers la fenêtre de la loge du condamné découvert le démontre encore, en provoquant l’évanouissement de notre personnage épouvanté.

Conclusion

Ainsi, ce chapitre démontre que l’intention de Victor Hugo ne se borne pas à dénoncer la peine capitale dans Le Dernier Jour, mais élargit le procès à l’ensemble du système pénitentiaire de son époque. Le spectacle de la chaîne est dénué de toute capacité à « faire exemple » et à dissuader. Morbide et pervers, il fascine les « curieux » et incite au voyeurisme, non à la réflexion morale ou au retour sur soi. Un système répressif qui endurcit les cœurs ne saurait constituer, aux yeux de l’auteur, une punition efficace.
Nous savons que Claude Gueux (1833) illustrera ce débat et qu’il débouche, pour Hugo, sur « le grand problème du peuple au XIX°siècle » : c’est à dire son éducation. Autant de questions qui traverseront son œuvre romanesque magistrale, Les Misérables (1862).

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